L’équité entre les épouses – Sheikh Mout’ib ibn ‘Abdillah Al Sa’d

L’équité entre les épouses

Sheikh Mout’ib ibn ‘Abdillah Al Sa’d

 

Allah تعالى dit (dans la traduction du sens du verset) :

« Si vous craignez de ne pas être équitables, alors contentez vous d’une seule ». [sourate An Nissa, v.3].

Et Il dit également :

« Vous ne saurez être équitables entre les femmes même si vous vous évertuez à y parvenir, ne penchez donc pas totalement vers l’une d’elles au point de laisser l’autre comme en suspens ». [sourate An Nissa, v.129].

Comment donc est-il possible d’accorder les deux textes ?
Et quel est le type d’équité demandé ?

L’imam Al Qurtubi رحمه الله dit :

« Allah nous informe au sujet de l’incapacité de concrétiser l’équité entre les femmes et ce en raison du penchant amoureux naturel. Il a donc décrit la situation des êtres humains et le fait qu’en raison de la nature avec laquelle ils furent crées, ils ne sont pas en mesure de contrôler les penchants du cœur, qui penche vers les uns au détriment des autres.
Pour cette raison, le prophète صلى الله عليه وسلم partageait ses dépenses entre ses épouses et disait :
« Ô Seigneur, ceci est mon partage concernant ce dont je suis capable, ne me blâme pas au sujet de ce dont Toi tu es capable et moi non ».
Puis Allah interdit l’exagération dans le fait de pencher vers l’une d’elles en disant :
« Ne penchez donc pas totalement vers l’une d’elle ».
C’est à dire : ne penchez pas totalement et volontairement vers l’une d’entre elles pour nuire aux autres.
Comme l’a dit Moujahid رحمه الله :
« Astreignez vous à être égaux dans le partage et les dépenses car ces deux-là entrent dans le domaine de la capacité de chacun ».
[Al jami’ li ahkaam al qur’an, tafsir du verset 129 de la sourate An Nissa]

Et Qatada رحمه الله rapporte d’après An Nadr ibn Anas, d’après Bachir ibn Nouheyk, d’après Abi Houreyra رضي الله عنه qui a dit :

« Le Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم a dit :
« Celui qui avait deux femmes et n’a point été équitables entre elles viendra le jour de la résurrection avec un de ses côtés penchant ».
Ce qui est voulu ici est l’équité dans le partage des biens et des nuits, non pas l’équité en terme d’amour et de sentiments et ceci car personne ne dispose de la maîtrise des cœurs si ce n’est le Seigneur de ces derniers. »

Ibn ‘Abbas رضي الله عنهما ainsi qu’Ibn Jarir et Al Hassan al Basri رحمهما الله ont dit au sujet de la partie du verset « comme en suspens » :

« C’est à dire : Vous la laissez ainsi de manière à ce qu’elle ne se sente ni divorcée, auquel cas elle rechercherait un autre époux, ni mariée, de sorte à ce qu’il prenne soin d’elle, s’en occupe et lui fasse jouir de ses droits. »

Et Qatada رحمه الله a dit à ce propos : « comme en suspens », c’est à dire :

« comme une prisonnière ».

Muhammed ibn Sirin رحمه الله a dit :

J’ai interrogé ‘Ubayda au sujet de ce verset et il a dit :
« L’équité voulue ici ne concerne ni l’amour ni les rapports conjugaux« .

Abou Bakr ibn l ‘Arabi رحمه الله a dit au sujet su sentiment amoureux :

« Ce sentiment, personne ne le maîtrise du fait que le cœur se situe entre deux doigts du Très Miséricordieux qui modifie son état comme il l’entend.
Il en va de même pour ce qui à trait aux rapports conjugaux, il se peut que l’homme ait envie d’une de ses épouses plus que l’autre.
Si ce n’est pas recherché et volontaire, alors nul blâme à son encontre car c’est une chose qu’il ne maîtrise pas.
Ces éléments ne sont pas liés à la responsabilité. »

Sheikh ‘Abdoullah Al Bassam رحمه الله a dit :

« L’équité entre les épouses est obligatoire.
Pencher vers l’une au détriment de l’autre relève de l’injustice.
Il incombe à l’homme d’être équitable autant qu’il le peut.
Concernant ce qu’il n’est pas en mesure de maîtriser, alors en cela il n’y a aucun blâme à lui adresser. »
[Tawdih al ahkaam, v.4/p.517]

Sheikh Mout’ib ibn ‘Abdillah Al Sa’d / Ta’adoud az zawjaat, masa’il wa ahkaam / p.12-13
traduit par SalafIslam.fr

pdfsi