Ordonner le convenable et réprouver le blâmable – Sheikh Al Islam ibn Taymiyya avec les annotations de Sheikh Raslan

Ordonner le convenable et réprouver le blâmable

Sheikh Al Islam ibn Taymiyya

avec les annotations de Sheikh Raslan

 

Quant au maux qu’Allah et Son Messager ont proscrit, alors le pire de tous est le polythéisme qui consiste pour la personne à invoquer d’autres divinités avec Allah comme le soleil, la lune ou les astres. De même qu’un parmi les anges, ou un parmi les prophètes ou un homme parmi les vertueux, ou bien un djinn ou encore les statues représentant l’un d’entre eux ou leurs tombes ou tout autre chose qui est invoquée en dehors d’Allah, toute chose auprès de laquelle on rechercherait le secours en dehors de lui, ou pour qui l’on se prosterne en dehors lui.
Tout cela et ce qui y ressemble est inclu dans le polythéisme qu’Allah a strictement interdit par l’intermédiaire de l’ensemble de ses messagers.

Parmi les choses blâmables également, tout ce qu’Allah a interdit : comme le fait de tuer quelqu’un sans droit, prendre illicitement les biens des gens que ce soit par la force, en pratiquant l’usure ou via les jeux de hasard, les types de contrat de vente et les opérations commerciales que le prophète صلى الله عليه وسلم a interdit. De même que la rupture des liens de parenté, la désobéissance aux parents, la fraude dans les mesures et les pesées, le péché et la transgression d’ordre général ainsi que les actes d’adoration innovés qu’Allah et Son Messager صلى الله عليه وسلم n’ont jamais légiféré, et la mansuétude est une voie permettant d’ordonner le convenable et de proscrire le blâmable.

Et c’est pour cela qu’il fut dit :

« que le fait que tu ordonnes le convenable soit fait convenablement et que ta réprobation du blâmable ne soit pas en elle même blâmable. »

Et parce qu’ordonner le convenable et réprouver le blâmable compte parmi les plus importantes obligations et actes méritoires, alors ceci doit nécessairement renfermer un intérêt prépondérant au mal qu’ils pourrait contenir. C’est dans ce but qu’Allah envoya les messagers et fit descendre les livres célestes et Allah n’aime point le désordre, plutôt il se trouve dans toute chose qu’Allah a ordonné une réforme.
Allah a élogé la réforme et les réformateurs ainsi que ceux qui ont cru et accomplit de bonnes œuvres. De même qu’il blâma la corruption et les semeurs de troubles dans plus d’un passage du Qur’an.

Si donc le mal résultant au fait d’ordonner le convenable et réprouver le blâmable prédomine sur l’intérêt qu’il aurait pu produire, alors cela ne fait pas partie de ce qu’Allah a ordonné, même si à cause de cela il faut mettre de côté quelque chose d’obligatoire ou qu’il faille tomber dans un interdit.

Le croyant doit craindre Allah au sujet de ses serviteurs, il ne doit pas les faire courir à leur perte.

⇒ Sheikh Muhammed Sa’id Raslan حفظه الله apporte en annotation aux dires de Sheikh Al islam ibn Taymiyya رحمه الله la parole suivante d’Ibn l Qayyim al Jawziya رحمه الله :

Le Prophète légiféra à sa communauté l’injonction de réprouver le blâmable afin qu’il en résulte ce qu’Allah et Son Messager aiment et approuvent. Si réprouver le blâmable entraîne un mal plus grand que celui qui est réprouvé et représente une chose encore plus détestée pour Allah ainsi que Son Messager, alors dans ce cas, il ne convient pas de réprouver ce mal, et ce même si cette chose répugne à Allah et qu’il a une abomination pour ceux qui le pratiquent.
Ceci peut être illustré avec le cas des rois et des dirigeants lorsqu’on se révolte contre eux.
Cette façon de faire est la source du mal et la base de tout trouble et ce jusqu’à la fin des temps.
Et celui qui médite sur ce qu’il advint à l’islam lors des troubles et séditions, mineurs ou importants constatera qu’ils sont dûs à la non mise en application de cette règle, le manque de patience face au mal, et qu’on rechercha à mettre fin à ce mal coûte que coûte, ce qui eu pour conséquence d’engendrer un mal pire encore.

Le prophète صلى الله عليه وسلم lorsqu’il était encore à La Mecque voyait sous ses yeux se dérouler les choses les plus abominables qui soient et il n’était pas en mesure d’y changer quoique ce soit.

Plutôt même lorsqu’Allah permit la conquête de la Mecque, qu’elle devînt terre d’Islam, alors il voulu changer les fondations de la maison sacrée et lui faire retrouver l’aspect qu’elle avait au temps d’Ibrahim عليه السلام mais Allah l’en empêcha, alors qu’il en fut capable, de crainte qu’il en résulte un mal supérieur à cela, que les qouraychites ne le supporteraient pas en raison de leur récente conversion à l’islam et que leur état de mécréance n’était pas bien loin derrière eux.
En raison de cela il ne permit pas de réprouver la conduite des chefs par la force, pour le mal plus grand qu’il en résulte que le mal commis par ceux là.

⇒ Le fait de réprouver le blâmable entraîne quatre types de conséquences :

le premier cas : que cela permette d’y mettre fin et qu’il en résulte ce qui s’y oppose.
le second cas : que cela permette de l’amoindrir même s’il n’y est pas mis fin totalement.
le troisième cas : qu’il en résulte un mal proportionnel à celui ci.
le quatrième cas : qu’il en résulte un mal encore plus grand que ce dernier.

→ Dans les deux premiers cas, il est légiféré de réprouver le blâmable.
S’agissant du troisième cas, il est sujet à l’ijtihad.
Et pour ce qui est du quatrième, alors il est interdit.

[…]

Et j’ai entendu Sheikh Al Islam Ibn Taymiyya dire :

« À l’époque des tatars, nous passâmes moi et quelques uns de mes compagnons devant un groupe de gens. Parmi eux il y en avait qui buvaient du vin. Ceux qui étaient avec moi les blâmèrent alors je réprouvais ce qu’ils firent et dis à celui qui avait agi de la sorte :
« Certes Allah a prohibé le vin car sa consommation éloigne et fait obstacle au rappel d’Allah et à la prière. Mais ceux là, le vin les empêchent de tuer, de faire esclave les enfants, et de piller les biens, alors laisse-les faire. »
[Ibn l Qayyim, I’lam al mouwaqi’in, v.3/p.4]

Sheikh Al Islam ibn Taymiyya /Al amr bil ma’rouf wa n nahy ‘an l mounkar / avec les annotations de Sheikh Raslan, p.24/25.
traduit par SalafIslam.fr

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